Ce convoi de 230 Françaises, parti du camp du fort de Romainville le 23 janvier 1943, arriva le 27 janvier à Auschwitz. Parmi ces femmes figuraient Marie-Claude Vaillant-Couturier, Charlotte Delbo, Danielle Casanova, Maï Politzer, Hélène Salomon. De ce convoi, 49 détenues survécurent aux camps de concentrations.
Charlotte Delbo a précisément écrit un livre dont le titre est “Le convoi du 24 janvier”, toujours disponible aux éditions de Minuit.
C’est de ce convoi qu’Haïdi est parvenu à jeter deux lettres qui sont ici reproduites.
Elle les jette du wagon de marchandises dans lequel les détenues sont entassées telle une bouteille à la mer, l’humanité ne peut pas mieux s’exprimer que dans cette chaîne qui s’organise pour faire passer des nouvelles aux familles, ces documents sont particulièrement touchants.
Le 24 – I – 43
Ma chérie, sommes en route. Ils nous ont enfermés dans des wagons à bestiaux complètement clos. Avec un couteau nous avons élargi quelques fentes par où nous passons les lettres. À Compiègne on nous a dit que nous allions en Haute-Silésie, mais nous allons arriver à Reims. En tout cas on nous a donné du pain pour trois jours. Le cœur se serre bien un peu mais le sentiment de vivre une grande chose aide puissamment. Je ne vois presque rien et je plains les chevaux qui ont d’habitude nos places car on est bien cahoté. Je viendrai tous les soirs en pensée dans ton bureau à 9h30. Merci à tous. Navrée de vous faire mal. Si Dieu veut nous nous reverrons.
À toutes de toute mon âme.
H.
Je n’oublie pas Odile et sa Mère.




Le 24 – I – 43 15 heures
2e mot. Nous allons vers Nancy, tu vois c’est bien la direction. On dit que c’est la Silésie. J’espère pouvoir correspondre avec M., il te donneras des nouvelles. Sommes dans des wagons à bestiaux. Avons élargi les fentes au couteau, elles servent de boîte aux lettres. Nous nous sommes embarquées en chantant la Marseillaise. En pensée avec vous tous les soirs 9h30. Nous ?? , serrement de cœur mais excellent moral. On ira jusqu’au bout si il le faut. Mes pensées sont constamment avec vous, je vous aime. Nous avons quitté le fort de Romainville samedi matin, avons ensuite été à Compiègne. Avons du pain pour trois jours. Sommes 220 femmes avec vieillards, infirmes et 2000 hommes. Tous ont beaucoup de moral. Nous comptons revenir malgré tout.
De toute mon âme à vous.
H.