Allocution prononcée lors de la journée de Commémoration des Héros et des Martyrs le 17 avril 1966 à Jérusalem

Chers amis d’Israël,
Je suis vraiment heureuse d’être parmi vous ce soir. Je peux difficilement vous dire combien cela représente pour moi d’avoir le privilège d’évoquer avec vous tous ceux qui ont tant souffert et qui ont disparu.
Je viens juste de passer 15 jours en Israël et j’ai été étonnée de ce que j’ai vu. Avant tout j’ai ressenti une grande joie de voir le miracle suprême : des hommes et des femmes revenus des camps Nazis prenant part eux-mêmes à la reconstruction de leur pays, quelque chose que personne n’aurait jamais pu penser possible. Mais ce n’est pas de passé que je souhaite vous parler. C’est le futur qui compte, le futur issu de ce passé douloureux que nous ne devons pas oublier.

De tout mon cœur je souhaite que bientôt la signification de votre magnifique « Shalom » puisse effectivement matérialiser cette paix dont vous avez tellement besoin.

J’admire vos réalisations formidables, la ténacité dont vous avez fait preuve pour trouver des solutions à vos problèmes techniques. J’aime votre jeunesse fortement dynamique, si empreinte du futur.
Pourtant ce qui m’a le plus touchée c’est la grande tolérance que vous manifestez envers le mélange hétérogène de peuples et de croyances qui résident dans votre pays, vous qui avez tant souffert de l’esprit de séparatisme et de l’exclusion. Vous avez bien compris que la diversité peut être source de richesses et qu’à chaque existence doit être donnée la chance de vivre en égalité avec tous les autres .C’est la seule façon d’être vraiment fidèle à la mémoire de vos martyrs. Vous avez agi avec une sagesse digne de Salomon. C’est la leçon que le monde doit retenir : il doit comprendre que le racisme, sous toutes ses formes, n’est rien d’autre qu’une aberration.
Un autre fait m’a fortement impressionnée lors de mon voyage : celui d’être en présence  de personnes qui sont « revenues chez elles ». Cette impression a été très forte. De toutes mes rencontres j’ai acquis un sentiment de force, d’assurance. A présent ce sont eux, les autres, qui sont les hôtes, et cela est bien qu’il en soit ainsi. Les choses sont redevenues dans l’ordre.
Le retour du peuple d’Israël dans son propre pays constitue un accomplissement qui non seulement vous concerne, mais le monde entier. Il fut ardemment espéré également par les non-juifs. Israël a toujours joué un rôle fondateur et fédérateur, ce dont il fut haï ou respecté. Sa mission dans le monde perdure et  Israël  doit rester fidèle à cette mission. Toute l’histoire de ce peuple démontre la primauté  des forces spirituelles, et de ce fait ses engagements ne peuvent que réussir